Stations botaniques et artistiques à Blegny-Mine - Terril d'Argenteau-Trembleur

7. L'arbre meurtri

« Écoute bûcheron, arrête un peu le bras
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas
Ne vois tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce.
Sacrilège meurtrier si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur
Combien de feux de fers, de morts et de détresses ?
Mérites- tu, méchant pour tuer nos déesses ? »

Pierre Ronsard, en 1560 appliquant la loi du talion au « secteur bois ». Sa venue à la foire de Libramont, ce serait « massacre à la tronçonneuse »

La mort n'est jamais loin dans le spectacle de la nature mais force est de constater en observant ce « gisant » que les nymphes qui rejettent à partir du tronc couché augurent sinon d'une résurrection, tout du moins d'une génération vigoureuse qui assurera la pérennité de l'espèce...
Aussi Ronsard poursuit ainsi son élégie...

« Que l'homme est malheureux qui au monde se fie
O dieux, que véritable est la philosophie.
Qui dit que toute chose à la fin périra
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira »

Et il termine
« ... La matière demeure et la forme se perd ».

François Sikivie

 

Écoutez François Sikivie :

6. L'arbre dans la forêt - Xavier Rijs, Le nichoir de nos rêves », 2013

Tout est donné dans le titre de cette oeuvre. Dans la forme généreuse d'un tronc, coupé, poli, caressé par la main de l'artiste, est nichée une sphère close, une sorte d'œuf cosmique originel contenant toute chose, ou bien une sphère comme objet philosophique, objet de perfection par excellence. Le jeu d'opposition entre le brut et le raffiné évoque les sentiments primordiaux du sauvage au culturel. De là toutes les rêveries et toutes les réflexions sont possibles.

Catherine Legallais

 

 

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© Croquis : Xavier Rijs

 

 

 

 

 

 

12. L'arbre dans la forêt - Xavier Rijs, « L'arbre a des rêves de terre », 2013

Dans la cavité ample d'un tronc brut et abrupt se love une sphère de bois polie et policée. Réminiscence de la forêt primordiale, caractère infini du cercle, toute une cosmogonie est évoquée par cette simple juxtaposition d'un même élément dans deux états différents.

Catherine Legallais

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© Croquis : Xavier Rijs

15. L'arbre mangé

Toute cette vie repose sur les débris fossilisés des vies antérieures, végétales et animales confondues. Comme dans un charnier où les individus les plus forts et les plus puissants écrasent les êtres chétifs ou inadaptés. Mais la mort est partout...quoi qu'il en soit. Les lois impitoyables de la nature se perpétuent au travers des espèces et des individus qui les constituent. Manger - Être mangé... Arbre mangé par les vers, vers mangés par les oiseaux...

Cycle de bouleversements et de plénitude, de mort et de résurrection, de guerres et de solidarités, de raison et d'intuition.

Nous sommes plus ou moins issus du mariage entre une algue et un champignon et nous réservons aux végétaux le sort que nous réservons à nos semblables, c'est à dire le pire souvent et le meilleur quelquefois. Mais nous partageons indéniablement une communauté de destin.

« Que signifie commercer avec la nature si nous n'avons à faire par la voie analytique qu'à ses parties matérielles, si nous ne percevons pas la respiration de l'esprit qui donne un sens à chaque partie et corrige ou sanctionne chaque écart par une loi toute intérieure ? » Goethe, La métamorphose des plantes.

François Sikivie

 

Écoutez François Sikivie :

 

Écoutez le pic épeiche :

 

1. L'arbre coupé

Il doit y avoir quelque chose d'énervant, une vieille rancune entre les arbres et nous. Plus grands, plus forts, d'une longévité scandaleuse et surtout impassibles et retranchés sous leur écorce. Ils demeurent totalement indifférents à nos gesticulations et à notre monde en général. Bien sur nous avons, nous, l'avantage de la mobilité. Mais justement, c'est précisément ce qui doit susciter notre jalousie.  

Cette faculté de se plaire là où il est... de s'enraciner profondément et de puiser par en- bas l'eau nécessaire et en même temps de tendre par en-haut, obstinément, vers la lumière indispensable à la photosynthèse au point de réaliser un trait d'union entre les abîmes infernaux de la terre et les cieux étoilés de nos convoitises. 

Nous ne pouvons résister à l'envie devant cette autosuffisance, d'autant plus que celle-ci n'a d'égal que son incroyable opportunisme qui consiste à faire « feux de tous bois » en tirant profit de tout ce qui l'entoure, les marées, les vents, les oiseaux, les insectes, les animaux et même nous... à faire travailler les autres et quand on dit qu'il « travaille », ce n'est que pour lui.  

C'est un « glandeur » ... il végète...! Voilà pourquoi nous n'aurons de cesse de le faire travailler malgré lui. Voilà pourquoi nous le brûlons, nous le taillons, l'extrayons, le sculptons, le cultivons, nous l'exploitons. 

Voilà pourquoi nous en faisons des maisons, des bateaux, du papier et des allumettes... Voici donc ce Robinier coupé pour n'avoir pas payé la facture. 

François Sikivie

 

Écoutez François Sikivie :

 

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