1. L'arbre coupé

Il doit y avoir quelque chose d'énervant, une vieille rancune entre les arbres et nous. Plus grands, plus forts, d'une longévité scandaleuse et surtout impassibles et retranchés sous leur écorce. Ils demeurent totalement indifférents à nos gesticulations et à notre monde en général. Bien sur nous avons, nous, l'avantage de la mobilité. Mais justement, c'est précisément ce qui doit susciter notre jalousie.  

Cette faculté de se plaire là où il est... de s'enraciner profondément et de puiser par en- bas l'eau nécessaire et en même temps de tendre par en-haut, obstinément, vers la lumière indispensable à la photosynthèse au point de réaliser un trait d'union entre les abîmes infernaux de la terre et les cieux étoilés de nos convoitises. 

Nous ne pouvons résister à l'envie devant cette autosuffisance, d'autant plus que celle-ci n'a d'égal que son incroyable opportunisme qui consiste à faire « feux de tous bois » en tirant profit de tout ce qui l'entoure, les marées, les vents, les oiseaux, les insectes, les animaux et même nous... à faire travailler les autres et quand on dit qu'il « travaille », ce n'est que pour lui.  

C'est un « glandeur » ... il végète...! Voilà pourquoi nous n'aurons de cesse de le faire travailler malgré lui. Voilà pourquoi nous le brûlons, nous le taillons, l'extrayons, le sculptons, le cultivons, nous l'exploitons. 

Voilà pourquoi nous en faisons des maisons, des bateaux, du papier et des allumettes... Voici donc ce Robinier coupé pour n'avoir pas payé la facture. 

François Sikivie

 

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