Stations botaniques et artistiques à Blegny-Mine - Terril d'Argenteau-Trembleur

13. Les arbres médecins

Aubépine, Frêne et Bouleau, nous sommes en présence de trois médecins assemblés en consultation comme dans un tableau de Rembrandt.

L'un prescrira une saignée de sa sève, l'autre recommandera de faire macérer son écorce dans un alcaloïde et de l'appliquer en cataplasme et le troisième ne jurera que par une décoction de ses racines à prendre dès l'apparition des symptômes... 

On ne peut que remercier la curiosité scientifique de ceux qui à force d'observation minutieuses et au risque de leur vie parfois, ont distingué ce qui était comestible ou ne l'était pas ou bien ont découvert les propriétés médicinales des plantes.

Puisse ces trois carabins nous faire tous réfléchir aux conséquences de la disparition des forêts exotiques et des nombreuses espèces aux propriétés inconnues qu'elles recèlent et qui pourraient nous soulager de fléaux incurables jusqu'alors. 

Ignorance criminelle des massacreurs avides de bois exotiques, défrichant la forêt au profit d'une monoculture fascisante de sojas transgéniques et de bataillons de palmiers à huile pour satisfaire notre goût immodéré des barbecues ...

 

 

« Quand l'homme, en effet, a détruit son milieu de vie, le milieu à son tour l'élimine, selon un processus de rétroaction cybernétique dont la science écologique est familière », Jean-Marie Pelt.

François Sikivie

 

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14. L'arbre dans la forêt - Xavier Rijs, « C'est dans l'arbre creux que germent nos utopies », 2013

Dans la fente d'un tronc couché, matière brute, sont calées six sphères, ou globes, selon la perception. L'ensemble s'apparente à une énorme cosse de petits pois, lieu de germination et d'évolution. Beauté de l'arbre couché, poésie des globes-mondes : le titre évoque les utopies, ces pays imaginaires où tout serait réglé au mieux et qu'il nous appartient de réaliser.

Catherine Legallais

 

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© Croquis : Xavier Rijs

2. L’arbre remarquable dans la forêt

Voici un hêtre à part...
Ici ce n'est pas encore l'arbre qui cache la forêt, mais plutôt le contraire.
Voici un seigneur de souche aristocratique, un hêtre quelque peu dévoyé dans cette végétation prolétarienne... pourtant, il peuple nos forêts depuis les temps immémoriaux. Un arbre, un vrai, comme on se le représente depuis toujours et pour toujours.

La verticalité, la droiture, la hauteur, la solidité...un hêtre supérieur. Avec un nom pareil on ne saurait être qu'un arbre historique et métaphysique. Il attend son heure, si tout va bien – l'hêtre n'est pas éternel ... ! – il dépassera en hauteur ses congénères.

Il étendra ses branches et répandra ses fruits, laissant au peuple d'en- bas, les sangliers, les oiseaux, les écureuils, le soin de répandre sa progéniture.

Attention en vieillissant, l'hêtre a tendance à devenir ombrageux, empêchant alors la faune et la flore d'accéder à la lumière ...

François Sikivie

 

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3. L'arbre dans la forêt - Xavier Rijs, « L'arbre socle du monde », 2013

Un grand globe de bois lisse et poli est posé en équilibre sur le collet d'un tronc scié, stable et profondément enraciné, mais aux contours irréguliers. L'opposition du lisse au rugueux, de la forme parfaite du globe aux contours déchirés du tronc, de la couleur chaude de la sphère aux grisés du tronc évoquent la nature face à l'artefact, l'élément brut face à celui transformé par la main de lʼhomme, dans une économie de moyen efficace. Ce pourrait être un objet sur un socle, mais ici les deux sont indissociables : ni socle, ni objet, mais une sculpture.

Catherine Legallais

 

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© Croquis : Xavier Rijs

4. L'arbre à cabane... un hôtel de charme.

C'est une invitation... « Tu peux dormir ici, si tu veux ». Les arbres nous invitent parfois... une anfractuosité opportune, un tronc couché en travers d'un fossé dont les branches suggèrent une charpente efficace, un tapis de mousse sous une charmille naturelle invite a demeurer dans cet hôtel de charme, comme l'arbre du même nom. Ici, en l'occurrence un bouquet d'érables disposés en carré de quatre solides piliers et enveloppés d'un treillis de lierre.

Le gros œuvre est fait, il n'y à plus qu'à parachever l'édifice. La cabane offrira bientôt un berceau, une cachette, un refuge, un fortin, un royaume de l'enfance qui se projette dans cet écrin végétal, retrouvant l'instinct de l'enfant sauvage, de l'homme des bois jugeant qu'il peut survivre ici à la nuit et à ses dangers et même s'installer ici un moment à la lisière de l'humanité... le temps d'un été.

On se découvre alors bâtisseur et on se surprend même à rétablir un « certain confort bourgeois », à vouloir meubler l'espace, à l'investir durablement. Une table et des sièges en rondins, un lit de feuilles mortes feront l'affaire. Au pied de l'arbre on ne manquera pas d'établir une « cachette » sans quoi il n'y a pas de cabane qui se respecte.... et puis d'y installer un garde manger et pourquoi pas une bibliothèque avec des bouquins de Jules Verne, avec L'Île aux trésors de Stevenson ou avec Le Baron perché d'Italo Calvino. Dans ce roman qui se passe au XVIIIème siècle, Côme le héros, décide lors d'une dispute familiale de vivre désormais le restant de sa vie dans les arbres et de ne plus jamais poser les pieds sur le sol, au point – sa fin venue après de nombreuses aventures – de saisir la corde d'une montgolfière pour s'en aller vers l'infinité des cieux...

Autre chose que ces cabanes préfabriquées en bois suédois repeintes aux couleurs vives... La vraie cabane, c'est celle qu'on (se) construit.

François Sikivie

 

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5. L'arbre à musique - Werner Moron, « Soufflez », 2013

Dans le biotope de Blegny-Mine, Werner Moron a choisi la forme classique d'une sculpture, non pas érigée, monolithique ou pérenne comme l'étaient les sculptures avant les grands chambardements dans l'art du XXe, mais une sculpture de bois, horizontale, étirée sur la pente douce d'un talus tapissé de lierre.
« Soufflez » est un long et fin tronc d'arbre, peint de rouge, une couleur qui n'appartient pas à l'arbre, très culturelle donc. Ce tronc est percé de trous comme le serait une flûte à bec ; des plantes rejaillissent des cavités comme des coulées de sève plus fortes que la destruction de l'arbre : la nature reprend sa place, et cette sculpture est encore une « vivace » organique en quelque sorte. Les transformations, les pourrissements et les régénérations font de cette sculpture une oeuvre propice à la réflexion sur le passage du temps, la méditation sur la vie et la nécessité de l'action.
Car « Soufflez » peut signifier « respirez », « prenez le temps de la réflexion » ou aussi « insufflez de l'énergie ». Cette œuvre aurait pu s'intituler « Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui... », comme dans le poème de Stéphane Mallarmé, publié en 1887: la nature vierge, la force de vie qui en ressurgit et nous intime de jouir du moment présent.

Catherine Legallais

 

Un arbre c'est sérieux. À priori c'est silencieux. Sa longévité et la noblesse de son port lui confèrent une certaine sagesse qu'on attribue à ceux qui « se taisent mais n'en pensent pas moins... » 

Parfois, le vent mugit à travers la forêt...les branches craquent et ils donnent l'impression que leur colère pourrait être redoutable...mais ils ne chantent pas. Les oiseaux chantent et ça ils ne peuvent pas les en empêcher. Au contraire certains les attirent...comme ce bouquet de joyeux sureaux qui chantent sous le vent.

Les sureaux chantent. Ils font chanter les oiseaux, friands de leurs fruits. Ils font chanter les enfants qui aiment les confitures, ils font chanter les bouilloires pour infuser les fleurs et les chanteurs d'opéra qui éclaircissent leur voix avec du sirop de sureau.

Et le bois ? En fait on des violons, des contrebasses, des hautbois, des pianos ? Non ça c'est de la musique « sérieuse », le bois on en fait rien... « sauf naturellement des flûtes » comme chantait Brassens. 

François Sikivie

 

Écoutez François Sikivie :

 

 



11. L’arbre voyageur

La nature à horreur du vide... A l'assaut !

Les bouleaux partent à la conquête de la colline, occupant la position là ou aucun autre arbre ne pourrait tenir. Ils sont emblématiques de l'esprit de conquête qui anime le monde végétal et qui tend à rétablir la forêt là où le travail de friche des humains est laissé à l'abandon.
C'est une guerre de conquête avec ses éclaireurs, ses têtes de pont, ses campements de base, ses troupes de reconnaissances, mousses, lichens, petites plantules ultra spécialisées, capables de s'accrocher, de s'implanter et d'investir les sols bouleversés, bousculés, friables et sujets à éboulements.

Les pionnières, structures primitives et basiques capables d'établir la photosynthèse dans les conditions les plus éprouvantes auront pour tâche de stabiliser le sol, de l'irriguer de ses racines, de retenir ou accumuler l'eau nécessaire et de fertiliser le sol de ses cadavres
Ainsi chaque espèce supplante la précédente et prépare le terrain, se sacrifiant à son tour pour la section d'assaut suivante, complexifiant à chaque fois le « théâtre des opérations ».

La guerre est partout sur le sol et dans les airs. Il s'agit d'occuper le terrain, car là où le hasard a décidé d'abandonner la graine elle n'a d'autre choix que de se développer ou de mourir, c'est pourquoi elle utilisera toutes ses capacités à survivre et tout les moyens seront bons : graines héliportées, semences dormantes, transports de troupes à dos de fourmis, téléportations au fils des araignées ou larguées comme des bombes à l'intérieur des fèces des oiseaux survolant le champs de bataille.

S'ensuivra une guerre de tranchées, de positions, d'occupation souterraine ou de maîtrise des airs, une guerre impitoyable exigeant un armement dissuasif fait d'épines, de feuilles coupantes, acérées, de racines toxiques, de répulsifs puissants, une guerre chimique, bactériologique, démographique aussi. C'est une lutte à mort, usant de nombreuses stratégies d'alliances, de pactes provisoires, d'alliés de circonstances afin d'éliminer purement et simplement les individus chétifs ou inadaptés et de « se faire une place au soleil ».

Avis aux naïfs qui croient à l'harmonie naturelle et aux bienfaits de la démocratie par les plantes.

François Sikivie

 

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10. Les arbres remarquables (aubépines)

Personne n'a planté ici...! Personne n'a marqué le coup, il n'y a pas ici d'arbre remarquable plusieurs fois centenaires, témoignant de cultes anciens. Pas d' « arbres à clous », pas de troncs consacrés d'où pendent des lambeaux de mouchoirs infectés, des pansements imbibés de miasmes, ex votos censés éloigner les maladies et difformités dont mère nature à daigné nous affliger. Pas non plus d'arbre du pendu ou de trou aux sorcières.

Ici vous ne verrez pas d'ifs millénaires, de cèdres du Liban ou d'oliviers bibliques, de Gingko Biloba résistant même au feu nucléaire pas plus que de séquoia rivalisant avec les gratte ciels. Et même pas, du moins pas encore, de monstres hybrides génétiquement modifiés, invasifs et malfaisants échappés d'un laboratoire de bio technologie.

Contentons nous donc d'observer ici ce bouquet formé de quatre aubépines entrelacées unies dans l'adversité. Quelle petite merveille de vie faite d'obstination, de ténacité, de solidarité qui les a fait ainsi s'enlacer pour toujours dans un rondeau sans fin. Quatre vieilles commères, désormais, se remémorant ad libitum la petite histoire de ces lieux, au bal musette de cette vie banlieusarde. Quatre petites parcelles de divin toutes heureuses et étonnées d'avoir mené si loin l'humble destinée qui leur était dévolue...

François Sikivie

 

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9. L'arbre dans la forêt - Xavier Rijs, « L'arbre lune », 2013

L'arbre lune, forme née du geste de l'artiste, se dresse sur le terril, résultat de l'exploitation du charbonnage, devenu montagne de schiste. L'arbre cosmique et l'astre céleste, aérien s'opposent à la noirceur des anciennes galeries souterraines du site. La force de gravité du lieu mémorial est compensée par les lois de la légèreté du rêveur, du poète. L'arbre mort est revivifié par l'acte artistique, tandis que la nature alentour reprend ses droits sur la roche du terril: forces de vie et de résurgence.

Catherine Legallais 

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© Croquis : Xavier Rijs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8. L'arbre dans la forêt - Xavier Rijs, « Trône pour rejoindre la pensée de l'arbre », 2013

« Arbre sculpté, arbre scruté, scribe de l'âme, je plonge dans l'ombre de la terre, je plonge dans le vide de la nuit » écrit Xavier Rijs. Vertical, droit, posé sur un collet, un tronc dressé et évidé accueille le corps d'un être humain et devient l'écrin de ses sensations et de ses réflexions métaphysiques; debout sur ce trône, en soutenant un globe, tel l'Atlas de la mythologie grecque, le regardeur s'inscrit dans cet abri immémorial pour mieux rêver et réfléchir. Communion de l'être et du cosmos.

Catherine Legallais

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 © Croquis : Xavier Rijs

 

 

 

 

 

 

 

 

Les galeries photos de Blegny-Mine

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